S’il y a une exposition à ne pas manquer cette année c’est sans doute celle-là du père de l’art abstrait - Vassily Kandinsky au Centre George Pompidou. Pour la première fois depuis vingt cinq ans, l’ensemble de l’oeuvre du grand artiste russe est montré, dans toutes les phases créatives de sa vie (Paris /Munich, Moscou/Weimar /Dessau/Berlin, Paris) à travers une sélection de peintures majeures, allant de 1907 à 1942.
Est-ce que l’abstrait peut être beau ?
L’art abstrait est un « langage visuel » que n’essaie pas de représenter « les apparences visibles du monde extérieur », mais tente de donner une contraction du réel ou encore d’en souligner les « déchirures ». Il ne représente pas des sujets ou des objets du monde naturel, réel ou imaginaire, mais seulement des formes et des couleurs pour elles-mêmes.
J’avais toujours la tendance à mépriser l’art abstrait. J’étais parmi ceux qui le considèrent comme la création sur la commande des gens superficiels cherchant uniquement à « se différencier du peuple attiré par l’art réaliste et populaire ». Pareil, je considérais le succès de l’explosion de Kandinsky au Centre George Pompidou comme un grand effet de la mode et de la publicité. Cependant un soir j’ai décidé de juger moi-même la création du père de l’art abstrait. J’ai quitté l’exposition vraiment impressionnée…
Les œuvres de Kandinsky emploient un éventail impressionnant de couleurs et de techniques picturales. Dans ses écrits il annonce clairement avoir abandonné « les apparences extérieures dans l’espoir de pouvoir communiquer plus directement les sentiments au spectateur. » Kandinsky considérait que les couleurs et les formes pouvaient communiquer des vérités spirituelles, cachées derrière les apparences quotidiennes et qui sont difficiles à décrire par les mots. Il voyait même une similitude entre la musique et la peinture, en 1912 il écrivit : « La couleur est le clavier. L’œil est le marteau. L’âme est le piano, avec ses nombreuses cordes. L’artiste est la main qui fait résolument vibrer l’âme au moyen de telle ou telle touche. »
De Moscou à Paris…
La vie de Vassily Kandinsky fut une vie d’exil marquée par des grands événements de l’histoire européenne de la première moitié du XXe siècle. S’il est né en Russie, c’est en Allemagne que, par deux fois son talent trouvera à s’épanouir et à Paris que s’achèvera son parcours.
Il faut savoir que la création abstraite de Kandinsky est le fruit d’un long développement, d’une longue maturation et d’une intense réflexion théorique fondée sur son expérience personnelle et l’évolution de son esprit vers la beauté intérieure. L’exposition au Centre George Pompidou que rassemble une centaine de peintures abouties de Kandinsky représente parfaitement l’incroyable évolution de l’artiste.
Né en 1899 à Moscou, Vassily Kandinsky grandit dans le milieu lettré et germanophile. En 1871, à la séparation de ses parents, il part vivre quelques années à Odessa avant de revenir à Moscou pour s’inscrire à la faculté du droit. Il devient assistant-enseignant à l’université de droit et épouse sa cousine Anna Chemiakina. Au cours de son voyage de noces à Paris, il retrouve la séduisante atmosphère artistique et cosmopolite de la capitale qui relève en lui de plus en plus forte sensibilité à l’art. Finalement en 1896 il part à Munich pour suivre les études à l’académie des beaux-arts. La, il rencontre Gabriele Munter qui devient sa compagne jusqu’à 1914. Ils voyagent ensable en Europe, passent une année à Paris (ou Kandinsky peindra ses belles toiles inspirées par le thème de la Vielle Russie, notamment « La Vie mélangée ») pour s’installer ensuit à la campagne dans le Alpes bavaroises. Parallèlement Kandinsky fond à Munich association des artistes avec le but de créer une « synthèse artistique ». Il mène un travail de recherche intense, tant sur le plan théorique avec l’écriture de son texte essentiel « Du spirituel dans l’art », que plastique avec la réalisation de sa première œuvre abstraite. Kandinsky se lance dans la voie de l’abstraction qui lui apport des premières succès. Mais la Première guerre Mondiale va mettre brusquement fin à s cette période exceptionnelle. En tant que citoyen russe, il doit quitter l’Allemagne, ce qui représente pour lui une vraie rupture : séparation avec Gabrielle Munter, avec le pays ou son art a pu s’exprimer et enfin l’arrêt d’une vague créatrice dans sa vie.
Son retour forcé dans le pays natal d’abord mal vécu par Kandinsky, finalement apport ses fruits. Kandinsky se retourne vers un certain réalisme issu du folklore russe. En 1917 il épouse Nina von Andreevsky qui partage avec lui le dur période de la révolution : confiscation des biens, pénurie. Kandinsky ne tarde pas cependant à s’engager dans la vie artistique de Moscou, il enseigne aux Ateliers nationaux, participe à la restructuration des musses, pour finalement trouver une poste de chargé des contacts artistiques avec des institutions européennes ce qui lui permutera de gagner Berlin en 1921.
En 1933, les Kandinsky s’installent à Neuilly-sur-Seine. Malgré ses amitiés l’artiste a mal à trouver sa place dans le milieu parisien ou l’art abstraite est jugé « trop cérébrale et répétitif ». Il faut attendre l’exposition au Jeu de Paume en 1937 pour que son œuvre soit enfin reconnue. Obtenant la nationalité française en 1939, Kandinsky refuse l’invitation de ses amis aux Etats-Unis et reste en France ou il meurt en 1944, quelques mois avant la fin de la guerre.
Grâce au don de sa femme, Nina Kandinsky, qui meurt en 1980, la France possède aujourd’hui une riche collection d’œuvres du peintre. L’exposition au Centre George Pompidou rassemble en plus les autres importantes collections de ses œuvres des Etats-Unis et Allemagne - la Städtische Galerie in Lenbachhaus de Munich et le Solomon R. Guggenheim Museum de New York. Pour les voir ou revoir il ne reste pas beaucoup de temps. L’exposition se terminera le 10 aout !!!
